2005-01-02

Isabelle Legris

Isabelle LegrisRien de plus important pour moi que le premier article de ce site porte sur la poétesse Isabelle Legris. J'ai découvert ses poèmes dans l'Anthologie de la poésie des femmes au Québec: Des origines à nos jours, publiée en 2003 aux éditions du Remue-ménage. Dans l'anthologie, les plus grands noms féminins de la poésie québecoise - Anne Hébert, Rina Lasnier, Éva Senécal, Marie-Claire Blais - côtoient des poétesses dont les oeuvres passées à l'obscurité sont pour ainsi dire inconnues. L'oeuvre d'Isabelle Legris en est un exemple. Pourtant, il demeure qu'à la première lecture de l'anthologie, se sont ses poèmes qui m'ont accrochée, ses trois poèmes «Torchère», «En si mineur (mauve)» et «Que personne ne me dérange».

J'ai par la suite effectué des recherches sur Isabelle Legris, d'abord sur le WWW où elle brille par sa quasi-absence, puis à la bibliothèque de l'Université du Québec à Trois-Rivières, là se trouve un dossier d'archive sur l'auteure contenant quelques coupures de journaux. Enfin, j'ai fouillé dans des livres portant sur la poésie québecoise, cueillant chaque bribe d'information sur la poétesse. Je vous présente ici le fruit de mes recherches.

Isabelle LegrisIsabelle Legris, née Marie-Pauline-Isabelle Legris le 4 avril 1928 à Louiseville, est la fille d'Agapit Legris, médecin, et d'Albertine Caron, pianiste-compositeur. Elle étudie au couvent des Soeurs de l'Assomption de Nicolet, puis elle entreprend des études en lettres à l'Université de Montréal qu'elle ne terminera pas. Elle commence à écrire à quinze ans et publie à dix-neuf ans son premier recueil Ma vie tragique: Poèmes de la douleur et du sang (1947) sous la banière des "éditions du Mausolée" (livre publié à compte d'auteure). Elle est toute jeune et ses poèmes sombres et physiologiques - poèmes de "chair triste", comme dira un critique - paraissent teintés d'une certaine impudeur naïve. En ouvrant ce premier recueil, avant même d'aborder les poèmes, il y a l'annonce d'une oeuvre audacieuse à venir Mes carnets d'amante: journal et récits (qui, je crois, ne sera jamais publiée), suivie de la dédicace candide "À ma mère".

Isabelle Legris D'ailleurs, en plus de cette dédicace, il y a d'autres indices que la mère d'Isabelle, Albertine Caron-Legris, ait joué un rôle plus qu'important dans la vie de sa fille. Dans la photo qui accompagne un article paru dand l'Hebdo Métropolitain le 1er décembre 1966, la mère souriante d'Isabelle occupe le centre de l'image, tandis qu'Isabelle, le regard placide et vêtu d'une longue robe sombre se trouve en marge; sous la photo, il y a l'inscription: "Isabelle Legris accompagnée de sa mère, laquelle s'intéresse énormément aux travaux de sa fille". Dans un autre article paru dans la Presse (dont la date m'échappe), la journaliste Michèle Juneau qui interview Isabelle nous rapporte une interuption de la mère dans l'entrevue:
M.J. - Que demandez-vous au critique?
I.L. - Ce que je demanderais, c'est qu'il soit lui-même poète. Il faut être poète pour comprendre la poésie... dans son essence.
Ici, Mme Caron-Legris, mère de la poétesse, qui assiste depuis le début, à cet entrevue, atténue la pensée de sa fille: "C'est-à-dire qui les critiques pressentent seulement...".

L'on sait aussi qu'Albertine Caron-Legris, décédée en 1972, était pianiste et compositeure, son oeuvre la plus connu est La berceuse de Donalda (1947) présenté à l'émission de radio, puis plus tard émission de télévision, Un homme et son péché. Isabelle ne s'est jamais mariée et est demeurée à l'addresse de sa mère, rue Wiseman à Outremont, au moins jusque dans les années 1980.


Après ce premier recueil Ma vie tragique en 1947, Isabelle publia en 1961 Les Ascensions captives et en 1963, Parvis sans entrave - tous deux publiés aux éditions du Mausolée. En 1979, la maison d'édition l'Hexagone publie dans sa collection "Retrospectives", Le sceau de l'ellipse. Ce sont les poèmes d'Isabelle de 1943 à 1967, mais revus et fortement édités, parfois méconnaissables. C'est ce dernier recueil qui, sûrement, fit le plus connaître Isabelle Legris au public. Le dernier recueil d'Isabelle, publié en 1981 aux éditions du Mausolée s'intitule Sentiers de l'infranchissable. Isabelle écrivit également des histoires pour la radio de Radio-Canada, publia deux courts romans pour adolescents, ainsi qu'un livre d'exercises de vocabulaire pour enfant.

Ce qui m'a touché dans les poèmes d'Isabelle, c'est d'abord cette résonnance physiologique, le corps est omniprésent, les chairs vibrantes et ouvertes. Il y a aussi la sincérité indéniable des poèmes, qui comprennent quelquefois des maladresses, mais évitent les images forcées. Puis enfin, le personnage, toujours sombre, un peu triste.
Je vous invite à lire les trois poèmes d'Isabelle Legris au bas de cette page.
Ce qui suit sont des transcriptions des critiques et coupures que j'ai trouvées.


Ma vie tragique, recuil de poésies d'Isabelle LEGRIS.
Par Monique Benoît et Roger Chamberland.
Publié dans le Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec: 1940-1959.


Isabelle Legris a publié un premier recueil en 1947, sous-titré Poèmes de la douleur et du sang, qui révéla selon les critiques de l'époque «un souffle poétique plein de vigueur et de sincérité». Ma vie tragique s'insère fort bien dans le courant de la fin des années 1940 qui a fait naître une génération de jeunes adultes dont l'adolescence avait été marquée profondément par une sorte de climat d'apocalypse et d'instabilité provoqué par les conflits de la période 1939-1945 et l'histoire collective du peuple québécois. Le recueil se divise en quatre parties dont trois portent les titres suivants: «Poèmes pathétiques», «Symphonies de la douleur» et «Chants du coeur», formant un tout assez homogène à la fois dans l'inspiration et le ton et dans leur présentation moderne en vers libres et non ponctués. La première section de l'ouvrage, non titrée, se distingue des autres parties par son caractère typographique différent et fournit le fil d'Ariane du recueil:
car près de nous la lumière s'arrêtait
au portail de l'atmosphère

annihilant la blessure du soleil
et l'éclat de notre jeune joie

la sérénité quittait nos fronts
et l'été revenait plus sombre

l'été seul planait pour nous
terne
sans luisance au-dessus de nos têtes
(«Été»)

La deuxième partie s'ouvre sur un dialogue entre «le Poète et le Philosophe», dans lequel chacun des interlocuteurs s'exprime sur le même sujet, - en l'occurence, cette difficulté à vivre dans un monde sclérosé, - mais l'un et l'autre utilisent leur propre expression moulée dans une forme poétique identique. Puis le poète, malheureux en amour et mal à l'aise dans sa société, cherche à se disculper et pointe du doigt les vrais coupables:
le monde et l'homme
je les au bus alors
comme des dieux pourpres
sanglants
[...]

mais de ce sang horrible
sorti de mon sein
à la place du lait
je ne suis pas coupable
(«Torchère»)

Vient ensuite cette «Symphonie de la douleur» sous-tittrée «Soudain c'est un accord comme un jet de sang», troisième épisode de l'ouvrage dans lequel Isabelle Legris associe chaque note de la gamme, - fa en moins, - soit en majeur, soit en mineur avec une couleur: nous obtenons de la sorte «Poème en Mi mineur (rouge)», «Poème en Si mineur (mauve)», et ainsi de suite. Ici, plus qu'ailleurs, la poésie se module aux sensations douloureuses d'où se dégage l'impression d'une dramatique de l'existence. Finalement, «Chants du coeur. Mon front souffrant se levait pour aimer», la finale du recuil, mémet une lueur d'optimiste et un semblant de sérénité car ce désir éperdu d'amour favorise un espoir autorisé.

Mais la lecture littérale du recueil permet de dégager une thématique globale dans laquelle s'insèrent les motifs de chaque division.

Pris en étau entre «le scandale et la prière», l'être subit la fascination de ceux qui
avaient le sceau de la magnificience
sur leur poitrine de juin

[...]
avec les stigmates du désir
sur leur torse d'été
(«les Fronts aveugles»)

Cependant, la chair ne semble pas offrir de possibilités de transcendance de sorte qu'Éros devient vite Thanatos dans toute une série de phantasmes dévoilant une imagination négative très féconde et révélant un mysticisme qui frôle le délire exacerbé par son interdit:
on verra la mort
on la verra de près
on l'aimera d'un vaste amour

[...]
elle qui doit apporter le seul baiser qui ne déçoive par
et plonger l'âme dans le feu du sang
(«le Chant de l'angoisse»)

L'être rejette la chair devant le «suil blanc» d'une virginité qui rêve de «fécondation chaste» tout en se laissant fasciner par l'éclat d'une viol qui la brûlerait toute:
parce que je n'ai pas connu les délices de l'amour
et la jouissance du spasme
coulant des sèves de sang

[...]
je ne vois rien venir
et la nuit reste mauve
(«Poème en si mineur (mauve)»)

Tout l'attrait du recueil tient dans l'ingénuité et la fraîcheur avec lesquelles une toute jeune personne, sincèrement éprise d'absolu, crie son désir inassouvi:
Oh cette chose étrange
que ce feu sans arrêt
partout
dans ma tête et mon coeur
malade

Oh ce grand feu tragique
avec des étincelles en aiguilles
atroces
perforant ma chair
durcie par l'angoisse
(«Oh cette chose étrange»)

L'heure tant attendue, - trop attendue, - où enfin tout serait réconcilié dans un élan purificateur «où il viendrait dans le soir / transformer en allégresse / le tourment de [l']âme» («J'ai trop attendu l'heure»), tarde cependant et le doute pernicieux et destructeur pénètre le coeur de son venin secret:
Vous n'avez pas le droit
de mutiler ainsi
le coeur de la rose fanée
dans vos doigts trop cruels
(«C'était un vieux bouquet fané»)

L'atmosphère tout entière du recueil est ainsi teintée de cette mélancolie, troublante et émouvante, d'un seuil non franchi et infranchissable qui prend vite figure de cauchemar où l'espace crée une inquiétante étrangeté:
moi
toujours unique avec mon oeil blanchi
par les seuils
je compte que ces losanges géométriques
s'éloignent de mes yeux

que ces géométries insoutenables me fuient

mais elle
elle est multiple et nue dans les roses

et ses seins ont la couleur de la neige
éclairée par les feux du couchant
(«Ascension»)

La qualité et l'originalité de ce recueil tiennent dans sa symbolique issue tout droit d'un imaginaire très riche qui sait d'instinct et d'emblée emprunter ses métaphores à l'élément le plus adéquat pour tracer les contours d'une passion intense qui ne se décrit qu'à travers les éclats:
une flamme instable
détruite aussitôt sortie du feu
parce qu'elle a un feu de sang
dans sa tête
(«le Chemin du rêve»)

Le recueil se ferme sur le seul espoir permis, celui d'une rédemption qui réintégrerait l'être dans le grand Tout originel dans une fusion avec le Créateur:
mais pourquoi aussi
n'ont-ils pas attendu
que le mystère approche
de leurs fronts trop fièvreux
pour leur verser les torrents
de la paix
et de la grandeur de l'ombre
(«la Nuit brille»)

La poétesse sait également animer son oeuvre d'un souffle poétique dont les accents forts ne manquent pas. L'organisation des poèmes témoigne de ce souci de marquer, par la forme du rejet et de la métaphore filée qu'elle utilise abondamment, le rythme.

En somme, Ma vie tragique constitue l'amorce d'une oeuvre poétique et d'une trajectoire humaine qui ne cessera d'évoluer. C'est le premier temps fort d'une recherche d'absolu d'une âme qui va vers le mystère tout en demeurant «présente dans le coeur contracté du monde», tout en se demandant toujours pourquoi elle vit «d'une vie aussi rouge».

Dans la collection «Rétrospective» de l'Hexagone, Isabelle Legris a entièrement repris ses textes pour leur donner une forme beaucoup plus concise, comme sont titre l'indique, le Sceau de l'ellipse. Ainsi
les sons déteints des instruments
pleuraient dans le noir et le soir
c'étaient des soli tragiques
et qui amenaient du désordre
sur la couleur de la nuit
insensée et inévitable
(«Poème en Do mineur (bleu)»)

devient
les sons déteints des instruments
pleurent dans le soir
et le noir solo
amène du désordre
sur la couleur de la nuit
inévitable et insensée.
¤





Ma vie tragique
Par Léo Rollet.
Publié dans la Presse, 22 novembre 1947.


Certaine musique n'a rien de savant et finit pourtant par charmer. Certain conte ancien se remplume de traditions échelonnées au cours de générations, et finit par prendre vie. Seule la Poésie est ou n'est pas viable dès sa conception.

"Ma vie tragique", que viennent de publier les éditions Mausolée, est l'oeuvre d'une jeune fille, Mlle Isabelle Legris. Le sous-titre: "Poèmes de la douleur et du sang" et la dédicace candide: "A ma mère", surprennent autant que l'annonce de l'oeuvre en préparation [note: l'oeuvre en préparation qui ne sera pas publiée s'intitule Mes carnets d'amante (Journal et récits)].

Cette pluie de sentiments éblouis se projette aux yeux du lecteur avant que ce dernier ait lu la première ligne du volume. Que peut-il prévoir? Quoi qu'il en soit, il est servi à souhait.

La nouveauté est une chose qu'il faut ne pas savoir forcer. La question demeure "To be or not to be". Les rénovateurs des arts se sont fiés aux standards établis pour les mieux violer.

Par recherche, on ne trouve pas l'ombre d'une virgule dans "Ma vie tragique", et tout au long d'une laborieuse confidence qui ne cesse de s'exagérer, les lignes de prose s'entassent avec un désordre archarné, où les images succèdent aux images sans émotions.

Tout cela aurait-il été senti que la forme en serait plus claire. Citons: "Nous n'avons jamais eu le venin des serpents qui marchaient dans les villes en rampant aussi durs que des enclumes de forge et qui viendraient vers nous".

L'auteur de ces lignes (ou de cette ligne) doit être bien jeune; une oeuvre de jeunesse n'est jamais à regretter, elle sert de base à l'évaluation des progrès suivants.

Pour le moment, la plus grande qualité de Mlle Legris n'est pas dans la forme, ni dans le choix des pensées, mais dans son courage. Sa persévérance en fera peut-être un véritable poète...¤




Legris (Isabelle), Ma vie Tragique
Par Théophiloe Bertrand
Publié dans Lectures, juin 1948.


Isabelle Legris a du talent, un talent incontestable. Elle a le souffle poétique. Je n'en donnerai pour preuve que cette strophe, en autres, au rythme qui ne trompe point:
il y avait des sons étranges
dans le soir immobile et fragile
des sons qu'on entend
avec au coeur des regrets
de fleurs séchées
et de péchés commis.

Par ailleurs, on ne peut lui reprocher son vers-librisme, qu'il ne faut pas confondre avec le dadaisme, le surréalisme ou le lettrisme. Hélas, pourquoi faut-il qu'elle se plaise quelquefois à des figures forcées et surtout qu'elle mette au rancart ponctuation et capitales? Pourquoi encore, dans un ensemble convenable, ces évocations intermittentes et souvent osées de regrets charnels et de chair triste? Même les poètes doivent choisir avec plus de discernement leurs thèmes, de sorte qu'on n'ait pas à murmurer nostalgiquement, en les lisant, cette réflexion finale de l'auteur de Ma vie tragique:
pourquoi n'ont-ils pas offert
leur front
au baiser de l'infini?

Comme je suis vieille barbe! Mais en parcourant ces poèmes, j'ai sincèrement déploré - une fois de plus - que tant d'écrivains doués ne profitent pas, avant de publier, des conseils de censeurs cultivés et prudents, qui guideraient leurs premiers pas. Après tout, les plus grands écrivains ne donnent-ils pas l'exemple de cette sagesse? Puisse Mlle Legris ne pas mépriser une telle suggestion avant de nous donner Mes carnets d'amante




Extrait de
Desruisseaux, Legris, Néron: Des publicatios récentes à l'Hexagone
par Robert Mélançon,
article paru dans la Presse le 12 janvier 1980.

...
D'abord dans "Rétrospectives", Le Sceau de l'ellipse, poèmes 1943-1967, d'Isabelle Legris. Il s'agit, assez paradoxalement dans cette collection vouée en principe au bilan d'oeuvres qui s'étaient auparavant imposée, de la découverte d'un auteur à toutes fins utiles inconnu. Isabelle Legris avait certes déjà publié trois recueils, qui sont partiellement repris dans cette édition, mais sans parvenir à rejoindre même le public relativement restreint des lecteurs de poèmes. À juste titre la notice biographique incluse dans Le Sceau de l'ellipse dit que "c'est dans la solitude qu'elle poursuit son oeuvre".
Il faut reconnaître que ses poèmes déçoivent (la publication en "Retrospectives" crée certes une attente qui peut fausser le jeu de la lecture), du moins au premier abord. Ils évoquent, par leurs formes, par leurs thèmes, par leurs images, un déjà lu ailleurs, tantôt chez Anne Hébert, tantôt chez Alain Grandbois, tantôt chez Rina Lasnier, voire par moments, chez Nelligan ou même Paul Morin. Avec trop souvent, malgré des réussites, un manque de fermeté, des longeurs, des facilités. Ces faiblesses paraissent difficiles à excuser, compte tenu du fait que "parmi les poèmes que l'auteur a retenus, plusieurs ont été revus et corrigés, et certains considérablement remaniés". Mais l'impression de déjà lu est injuste. Les premiers poèmes d'Isabelle Legris, qui étaient restés jusqu'à aujourd'hui inédits, datent de 1943, et son premier recueil publié, de 1947. C'est avant le Tombeau des Rois, avant les livres essentiels de Rina Lasnier, en même temps que ceux d'Alain Grandbois. Pour cette raison, les textes d'Isabelle Legris font étape dans le devenir de la poésie moderne au Québec. Leur intérêt historique est considérable et, pour cette raison, ils ont leur place dans la collection "Rétrospectives".
...¤




Torchère
Je ne suis pas morcelée
d'avoir à pleines gorgées
épuisé l'eau de la source du soir
dans ma bouche

l'eau qui jaillissait du roc
coulait sur la terre
pour former de la boue

je ne suis pas
des rochers de la source
où s'introduit la pluie de la nuit

d'avoir pris dans mes mains
pendant les heures de pluie
son front
plus noir et plus tragique
que l'orage dans les bois

d'avoir touché son front
soulevé
par le jade des eaux visqueuses
comme on paraît s'éloigner
des rivières de l'été

je ne suis pas de l'homme inassouvi
avalé par ma bouche
de l'homme insatisfait
sans lumière
à couleur de baiser et de braises

je ne suis pas consciente
de ma folie abrupte
de mes yeux évanouis
devant cet homme blanc
qui cache mon sein
et que j'aimais jadis
comme un enfant des langes

l'homme et le monde
je les ai bus alors
comme des dieux pourpres
je les ai bus comme des vins vulgaires
jusqu'à la substance même des mes os

puis les ai vomis
sur leur tête ils ont reçu mon sang

sur leur front de pendus
ils ont reçu le venin
avec leurs mensonges

mais de ce sang
sorti de mon sein
à la place du lait
je ne suis pas.


En si mineur (mauve)
Où suis-je la nuit
traversée de lueurs
molles et mauves
des aurores boréales
dansent dans le soir

je ne vois rien venir
mes yeux sont chevauchées
d'où l'on ne revient pas
j'ai laissé mes espoirs
au fond des ruisselets
mes chimères dans les vergers fleuris
j'ai laissé mes rêves dans la caverne
où rampaient les serpents
dans la glue de leur bave

là-bas dans l'ordure des eaux
je n'ai pas su
les douceurs du songe
je n'ai pas pris le front des nuits
tiédies

j'ai laissé mon coeur s'effilocher
tomber
rose des ardeurs d'août

je n'ai pas connu
les délices de l'amour
et la jouissance du spasme
coulant des sèves de sang

je n'ai pas connu
les voluptés des divans d'alcôve
descendues dans la nuit
effleurer ma chair
et la broyer de plaisir

je ne vois rien venir
la nuit reste mauve

je n'ai pas su la flamme des baisers
du feu dans les sens angoissés

je n'ai pas su
l'effroi du paroxysme
sa rage
pour transpercer mon corps

où suis-je dans la nuit
traversée de lueurs
molles et mauves
que je voie les yeux de la luxure

que je voie dans le noir
des roses au coeur ouvert
parfumées et subtiles
qui se changent en femmes
me tendant des seins blancs

où suis-je dans la nuit
que des roses mouillées
m'inondent la figure
que les seins gonflés
me donnent à boire du lait

où suis-je dans la nuit
que je n'aie pas connu la volupté

vois-tu la rivière translucide là-bas
dans la transparence du midi

vois-tu ce cercle blanc
sur mon front trop candide
cercle de ténuité de vie.

Que personne ne me dérange
Que personne ne me dérange
ni ne m'importune
je serai maintenant relevée de ma structure
destituée de mon sexe
je serai maintenant
couverte de charbons vivants
j'éloignerai ceux
qui auront désir
de me voir le pilori et la citerne

à partir de tout de suite
je lancerai
je serai un lancement
j'agoniserai d'être un jet
je mourrai de jaillir

qu'on s'accoutume à cette idée

on croira de moi un homme
je jaillirai et j'émettrai des cratères
je serai le jaspe et la semence
comme lui
je serai le rugissement
à sueur de bronze

forte musclée rocheuse

maintenant je serai
le projectile rugissant
dans le monde en feu.

1 Comments:

Anonymous Anonyme said...

Haha great



[url=http://www.venditascarpe.com/]gucci shoes
[/url]

5:04 a.m.  

Publier un commentaire

<< Home